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Société

Journée internationale de la paix : au Nord-Kivu, un peuple pris entre les armes et l’épidémie.

Par Rédaction · 21 septembre 2026 · 15:00
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Authentique Mukirania Elie

En ce 21 septembre, Journée internationale de la paix, les populations du Nord-Kivu vivent une double épreuve : d’un côté, celles des zones sous contrôle de l’AFC/M23 subissent les conséquences d’un conflit qui n’en finit pas de se redéployer ; de l’autre, Beni et Butembo affrontent à la fois l’insécurité et l’épidémie de maladie à virus Ebola. Entre les lignes de front et les centres de traitement, l’ONG AMANI RDC ASBL appelle à la résilience et à la cohabitation pacifique.

Un double front d’épreuves

Quatre ans après l’irruption de l’AFC/M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, le Nord-Kivu reste une province coupée en deux réalités. Malgré les engagements pris dans le cadre des processus de Washington et de Doha, les combats se poursuivent sur l’axe Masisi-Walikale, où les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées par les combattants Wazalendo, continuent d’affronter l’AFC/M23. Un communiqué des FARDC daté du 20 septembre fait état de nouvelles attaques dans ce secteur, accompagnées de déplacements de populations vers Walikale et de destructions de villages et de champs.

Au Sud-Kivu, la tension s’est également étendue ces derniers jours vers Minembwe et Fizi, où des observateurs s’interrogent sur un possible redéploiement de forces du M23 vers de nouveaux axes stratégiques.

Dans les zones sous influence du M23 : une vie sous contrainte

Pour les populations vivant dans les localités sous contrôle de l’AFC/M23, la journée internationale de la paix résonne différemment. Dans un rapport publié ce lundi, Amnesty International affirme avoir documenté de graves atteintes aux droits humains dans des zones minières du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sous administration du mouvement rebelle : exécutions sommaires, torture, détentions arbitraires, travail forcé et recrutement forcé de mineurs artisanaux, sur la base de témoignages recueillis auprès de 26 personnes. L’organisation évoque également un trafic d’or et de coltan vers le Rwanda des accusations que Kigali dément régulièrement s’agissant de son rôle dans le conflit.

Kinshasa, de son côté, dénonce depuis plusieurs mois un système de taxation imposé aux populations dans les zones occupées, en plus des violences rapportées contre des journalistes et des membres de la société civile.

À Beni et Butembo : l’insécurité qui s’ajoute à l’épidémie

Plus au nord, les villes et territoires de Beni et Butembo affrontent une équation particulièrement lourde : l’insécurité liée à l’activisme de groupes armés, dont des éléments présumés ADF, se conjugue à la 17e épidémie de maladie à virus Ebola, causée par la souche Bundibugyo et déclarée le 15 mai dernier. Selon les données de l’Organisation mondiale de la santé arrêtées au 7 septembre, 61 zones de santé réparties dans six provinces étaient touchées, avec 6 757 cas confirmés et 3 267 décès enregistrés à l’échelle nationale  un bilan que Médecins Sans Frontières qualifie de plus vaste et plus rapide épidémie d’Ebola jamais recensée dans le pays.

Le territoire de Beni n’est pas épargné : un décès a été confirmé le 17 septembre dans la pêcherie de Kyavinyonge, tandis que la zone de santé d’Oïcha, chef-lieu du territoire, comptait à la même période douze cas confirmés. Selon Africa CDC, qui a livré son évaluation le 17 septembre, la tendance est à la baisse dans certains foyers comme l’Ituri, mais reste orientée à la hausse dans plusieurs zones du Nord-Kivu, sans qu’il soit encore possible d’affirmer que le pic de l’épidémie a été atteint.

Dans ce contexte, la rentrée scolaire 2026-2027 s’est tout de même maintenue à Beni et Butembo, où de nombreux établissements peinent cependant à réunir les moyens d’hygiène nécessaires, eau, savon, dispositifs de lavage des mains pour appliquer les mesures barrières recommandées.

Un message d’espoir et de résilience

Face à cette double épreuve, AMANI RDC ASBL, organisation de paix et de cohésion sociale basée à Beni, tient à adresser un message de solidarité à toutes les populations concernées, qu’elles vivent sous la contrainte des groupes armés ou sous la double pression de l’insécurité et de la maladie.

« Ni les armes ni l’épidémie n’ont raison de la dignité de nos communautés », affirme AUTHENTIQUE MUKIRANIAElie, coordonateur de l’organisation, qui appelle au maintien du lien social, à l’entraide entre familles déplacées et familles hôtes, et à une cohabitation pacifique entre communauté. Pour AMANI RDC, la résilience du Nord-Kivu se construit d’abord dans les gestes quotidiens de solidarité, loin des lignes de front et des statistiques épidémiologiques.

Un appel aux autorités

AMANI RDC ASBL interpelle également les autorités politico-administratives, tant provinciales que nationales, pour qu’elles garantissent la protection des populations civiles dans les zones affectées par les combats, facilitent l’accès humanitaire vers les territoires les plus enclavés, et assurent le financement intégral du plan de riposte contre Ebola, dont l’Organisation mondiale de la santé rappelle qu’il reste insuffisamment couvert. L’organisation appelle enfin à la mise en œuvre effective des engagements pris dans le cadre des processus de Washington et de Doha, seule voie susceptible de mettre fin durablement aux souffrances des populations du Nord-Kivu.

Tribune signée Authentique Mukirania Elie, coordonnateur d’AMANI RDC ASBL.

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