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Justice

Procès Philémon Yav : un prévenu affirme avoir été recruté pour créer de fausses accusations contre le général

Par Rédaction · 15 août 2026 · 19:34
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Lors de l’audience du 14 août 2026 devant la Haute Cour militaire, Shauri Chibogo Issa a rejeté les accusations de trahison et d’insurrection et soutenu avoir été engagé pour accuser le général Philémon Yav en échange d’une promesse de 50 000 dollars. Deux renseignants entendus ont livré des récits contradictoires, tandis que la défense dénonce des « affabulations ». L’instruction reprendra le 3 septembre.

La Haute Cour militaire a poursuivi, vendredi 14 août 2026, l’instruction du deuxième procès opposant l’auditeur général près de la Haute Cour militaire, le lieutenant‑général Lucien‑René Likulia Bakumi, au lieutenant‑général Yav Irung Philémon et à son co‑prévenu, Shauri Chibogo Issa. Les deux accusés sont poursuivis pour trahison et participation à un mouvement insurrectionnel.

Après une suspension temporaire, l’audience a été consacrée à l’audition de deux renseignants anciens membres des services : Dodo Kwalezitome Lilungi, ex‑responsable régional de la Direction provinciale de l’ANR (Redoc) au Sud‑Kivu, et Otshudi Omokoko, ancien Redoca. Leurs dépositions ont donné lieu à des versions divergentes sur le rôle de Shauri Chibogo et sur l’implication alléguée du général Yav.

Un récit d’arrestation et de collaboration
Dodo Kwalezitome Lilungi a raconté qu’il avait été alerté par son chef de poste à Nyange (territoire de Fizi) après la découverte d’un individu jugé dangereux dans la cité. Selon lui, cette alerte a conduit à l’interpellation de Shauri Chibogo, conduit ensuite dans les locaux de l’ANR où il aurait accepté de collaborer en échange de garanties de protection.

Toujours d’après le renseignant, Chibogo aurait reconnu appartenir au M23 et expliqué être arrivé de Nyunzu (Tanganyika) pour fuir des militaires des FARDC qui le connaissaient. Il aurait déclaré être chauffeur chargé du transport d’armes et de munitions et avoir eu pour supérieur Jean‑Marie Runiga, avec lequel il prétendait garder un contact via un appareil Thuraya laissé en gage à Nyunzu.

Le témoin a également rapporté que Chibogo aurait expliqué sa capacité à franchir des points de contrôle par l’intervention du général Philémon Yav, qui, selon ces déclarations, aurait donné des instructions aux barrières pour laisser passer son véhicule. Dodo Kwalezitome Lilungi a remis à la Haute Cour plusieurs éléments, dont des échanges avec le chef de poste et la liste des agents ayant participé à la commission d’audition, et a affirmé avoir transmis le dossier à sa hiérarchie à Kinshasa.

Une négociation à 50 000 dollars évoquée
Dans sa déposition, le renseignant a raconté un épisode où une personne se faisant passer pour Jean‑Marie Runiga aurait proposé 50 000 dollars aux agents pour la libération de Shauri Chibogo. Ce montant et la tentative de négociation auraient, selon lui, montré la gravité de l’affaire et motivé la constitution d’une commission d’enquête.

Rejet catégorique et accusation de manipulation
Appelé à répondre, Shauri Chibogo Issa a vigoureusement nié les accusations. Il a qualifié les déclarations le visant d’« archi‑fausses » et affirmé connaître Dodo Kwalezitome pour avoir travaillé dans son puits d’or. Chibogo a dit avoir été recruté pour venir à Kinshasa non comme détenu mais comme renseignant, et soutient que l’on lui avait promis la construction d’une maison d’une valeur de 50 000 dollars à Goma ou à Bukavu en échange d’un faux témoignage visant le général Yav.

« Je suis arrivé à Kinshasa comme renseignant et non comme détenu. C’est ainsi qu’on envoyait même l’argent à ma femme », a déclaré Shauri Chibogo, répétant à la Cour ses précédentes assertions selon lesquelles il aurait été manipulé pour livrer une version fabriquée.

Contradictions entre témoins
Le deuxième renseignant entendu, Otshudi Omokoko, a pour sa part déclaré n’avoir connu Shauri Chibogo que lorsqu’ils étaient incarcérés à la DEMIAP. Il a assuré que, durant leur détention commune, Chibogo n’avait jamais mentionné le nom du général Yav. « Il n’a jamais parlé du général Yav. On nous disait plutôt qu’Issa était le transporteur des munitions et qu’il utilisait le véhicule de l’honorable Mwangachuchu », a‑t‑il indiqué devant la Cour.

La défense dénonce des « affabulations »
La défense du lieutenant‑général Yav a saisi l’occasion de souligner les incohérences relevées dans la déposition du premier renseignant. Me Parfait Kanyanga a promis de démontrer, au fil de la procédure, que les accusations du ministère public relèvent d’« affabulations » et d’un montage dépourvu de faits concrets.

« La défense du général Yav est surprise de constater que les faits mis à sa charge sont des affabulations et n’existent que dans la tête du ministère public », a affirmé l’avocat. Il a demandé à la Cour, lorsque les conditions le permettront, d’autoriser les parties à plaider afin de « foudroyer » les arguments du parquet — une formulation imagée qui a provoqué des réactions dans la salle d’audience.

Le parquet maintient son accusation
L’auditeur général près de la Haute Cour militaire a pour sa part décrit Shauri Chibogo comme un « prévenu extrêmement dangereux » dont les déclarations viseraient selon lui à embrouiller la Cour et à détourner l’attention des faits reprochés. Le ministère public semble ainsi maintenir sa ligne accusatrice malgré les dénégations et les contradictions relevées.

Audience renvoyée au 3 septembre
Faute de temps, la Haute Cour militaire a suspendu l’audience et renvoyé la suite de l’instruction au jeudi 3 septembre 2026. Plusieurs questions restent en suspens, notamment la vérification de l’authenticité des éléments présentés par les renseignants, l’identification précise des signataires des procès‑verbaux et la recherche de preuves matérielles corroborant ou infirmant les allégations d’un réseau de soutien logistique aux présumés insurgés.

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