Denis Mukwege dénonce les nominations académiques du M23 et la suspension des cours à Goma et Bukavu

Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege a critiqué, dans un communiqué publié mercredi, les nominations d’autorités académiques décidées par l’AFC/M23/RDF dans les établissements supérieurs occupés, ainsi que la suspension des activités académiques ordonnée par Kinshasa dans 11 institutions de Goma et Bukavu. Il appelle à faire de l’éducation une priorité absolue dans la résolution de la crise à l’Est.
Le médecin gynécologue et défenseur des droits humains a réagi mercredi 26 août à deux décisions qui touchent directement l’avenir de milliers d’étudiants du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
D’un côté, l’AFC/M23 a nommé ces dernières semaines de nouveaux responsables à la tête de plusieurs établissements d’enseignement supérieur et universitaire dans les zones qu’il contrôle, dont l’Université de Goma (UNIGOM) et l’Université officielle de Bukavu (UOB). Le gouvernement congolais avait qualifié ces nominations de nulles et non avenues dès le 10 août.
De l’autre, la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Sombo Ayanne Safi Mukuna Marie-Thérèse, a ordonné le 20 août la suspension des activités académiques dans 11 établissements publics de Goma et Bukavu, invoquant une situation sécuritaire jugée préoccupante. Les étudiants finalistes de l’année 2025-2026 sont autorisés à poursuivre leurs évaluations dans d’autres établissements agréés.
« Une ligne rouge inacceptable »
Dans son communiqué, Denis Mukwege établit un lien entre cette fermeture et une série d’autres restrictions imposées à la population de l’Est du pays.
« Après la fermeture des aéroports, des banques, la restriction de l’aide humanitaire et des mouvements de la population, la fermeture des universités vient resserrer l’étau sur 12 millions de nos compatriotes du Nord et du Sud-Kivu abandonnés à leur triste sort », a-t-il déclaré, ajoutant que « briser aujourd’hui leur espoir de rêver, d’apprendre, de se former pour réaliser leurs aspirations et servir notre société, est une ligne rouge inacceptable ».
Un appel à replacer l’éducation au centre
Le prix Nobel de la paix 2018 demande à l’ensemble des acteurs étatiques et non étatiques engagés dans la recherche d’une solution à la crise de l’Est de faire de l’éducation des enfants congolais une priorité absolue. Il plaide également pour une implication réelle des jeunes dans les décisions qui les concernent.
Mukwege exige par ailleurs la fin de toute instrumentalisation et de toute ingérence militaire dans la gestion des écoles et universités, ainsi que la reprise sécurisée des cours sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones occupées. Pour lui, l’avenir de la jeunesse congolaise ne peut être traité ni comme une monnaie d’échange dans des négociations politiques ou territoriales, ni comme un dommage collatéral du conflit.
