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Analyses

Mambasa, épicentre des violences ADF en Ituri : plus de 200 civils tués depuis janvier, un bilan qui interroge

Par Rédaction · 9 août 2026 · 16:16
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Avec la nouvelle attaque de Banana École, dans la nuit du 7 au 8 août, le territoire de Mambasa s’enfonce un peu plus dans une crise sécuritaire qui dure depuis le début de l’année. Derrière les chiffres, plus de 190 morts recensées pour la seule chefferie des Babila-Babombi se dessine une mécanique de violence à laquelle les opérations militaires ne parviennent pas à mettre fin.

Dans la soirée du vendredi 7 août, des assaillants présumés ADF ont attaqué Banana École, une localité située au point kilométrique 20, sur l’axe Mambasa-Kisangani, dans le groupement de Bapongomo (chefferie des Babila-Babombi). Radio Okapi et plusieurs ONG locales ont d’abord fait état d’au moins 13 civils tués. Le bilan a ensuite été revu à la hausse : selon la société civile Forces vives de l’Ituri, au moins 16 personnes ont péri — 13 à Banana École et 3 autres retrouvées sur le site minier voisin de Tukotu — et une quinzaine de personnes ont été enlevées. Des maisons, des boutiques, des véhicules et des motos ont été incendiés. Le bilan reste provisoire, plusieurs habitants demeurant portés disparus.

Cette attaque n’est pas isolée. Fin juillet, la Nouvelle société civile congolaise (NSCC) de Babila-Babombi, par la voix de son coordonnateur Muhindo Mamboro Peresi, affirmait que plus de 190 civils avaient été tués depuis janvier 2026 dans cette seule chefferie. En additionnant ce décompte aux victimes de Banana École, le total dépasserait les 200 morts depuis le début de l’année. Ce chiffre doit toutefois être manié avec prudence : il s’agit d’un ordre de grandeur issu de l’agrégation de bilans citoyens, et non d’un décompte officiel consolidé. Les organisations ne recensent pas toujours les mêmes incidents, et certains bilans regroupent plusieurs attaques.

Une escalade qui s’est accélérée à partir de mars

Selon les relevés de la société civile locale, la violence a changé d’intensité au printemps. En mars, l’attaque de sites miniers à Muchacha a été suivie de celle de Babesua, où une vingtaine de civils auraient été tués, puis d’une série d’incursions accompagnées d’enlèvements massifs. Le mois d’avril a été particulièrement meurtrier, avec l’attaque de Bafwakoa dans la nuit du 1er au 2 avril, dont le bilan a été révisé à plusieurs reprises. En mai et juin, les incursions se sont déplacées vers d’autres zones et vers les carrés miniers — Biakato, Tepe, Pangoy, Itembo — alternant tueries, pillages et rapts.

Juillet a marqué un nouveau pic. L’AFP, citant des sources locales et sécuritaires, a fait état d’au moins 31 civils tués entre le 22 et le 27 juillet dans plusieurs attaques de la chefferie. Quelques jours plus tard, dix corps étaient découverts dans une église des Frères en Christ à Munguiko, où des fidèles auraient été tués lors d’une veillée de prière fin juillet. L’attaque de Banana École s’inscrit dans ce prolongement.

Les acteurs en présence

Les attaques sont attribuées aux Forces démocratiques alliées (ADF), un groupe armé d’origine ougandaise affilié à l’État islamique, actif dans l’est de la RDC depuis des décennies. Il faut rappeler que ces attributions émanent principalement de la société civile et de sources sécuritaires locales ; l’identification formelle des assaillants sur le terrain reste difficile.

Face à eux, les Forces armées de la RDC (FARDC) et l’armée ougandaise (UPDF) mènent depuis près de cinq ans des opérations conjointes contre les ADF, dans le cadre de l’opération Shujaa. Ces opérations enregistrent des succès ponctuels — libération d’otages, neutralisation de combattants — mais peinent à protéger durablement les populations. Plusieurs analystes régionaux, dont le Baromètre sécuritaire du Kivu, lisent la recrudescence des exactions comme une forme de représailles à la pression militaire exercée sur les bastions rebelles.

Les enjeux

Trois enjeux se superposent. Le premier est humanitaire : chaque vague d’attaques provoque de nouveaux déplacements de populations et vide des localités entières, avec des conséquences durables sur l’accès aux champs, aux soins et à l’école. Le deuxième est économique : le ciblage répété des sites miniers et des axes routiers asphyxie l’économie locale, déjà fragile. Le troisième est politique et sécuritaire : la persistance des massacres, malgré des années d’opérations conjointes, nourrit une défiance croissante des habitants envers la capacité de l’État à les protéger.

Scénarios et conséquences possibles

Sur cette base, plusieurs évolutions sont envisageables ; il s’agit ici d’hypothèses, non de prévisions. Dans un premier scénario, les violences se maintiennent à leur rythme actuel, par cycles, en fonction de la pression militaire et des déplacements de combattants. Dans un deuxième temps, une intensification des opérations FARDC-UPDF fait momentanément reculer les attaques dans une zone, mais les déplace vers d’autres groupements, comme cela s’est déjà observé cette année. Un troisième scénario, plus préoccupant, verrait la multiplication d’attaques contre des lieux à forte charge symbolique, édifices religieux, sites miniers, axes commerciaux — pour maximiser l’impact et le déplacement des populations.

Ce qu’il faut surveiller

Dans les prochains jours, plusieurs indicateurs mériteront l’attention : la consolidation du bilan de Banana École et de Tukotu, encore provisoire ; d’éventuelles réactions officielles des autorités provinciales de l’Ituri et de l’état-major des opérations ; l’ampleur des nouveaux déplacements sur l’axe Mambasa-Kisangani ; et la publication de bilans consolidés par des structures indépendantes, qui permettraient de préciser un chiffre global aujourd’hui incertain.

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