Minerais critiques : 54 élus démocrates américains s’inquiètent de l’accord de partenariat USA-RDC

Dans une lettre adressée mardi à quatre hauts responsables de l’administration Trump, 54 membres démocrates de la Chambre des représentants dénoncent le manque de transparence et de contrôle du Congrès sur les accords sur les minerais critiques. Ils visent en particulier le Strategic Partnership Agreement (SPA) signé avec la RDC, dont ils affirment qu’il appellerait à des changements « profonds » de la Constitution congolaise.
Cinquante-quatre élus démocrates de la Chambre des représentants des États-Unis ont adressé, ce mardi 18 août 2026, une lettre à quatre hauts responsables de l’administration de Donald Trump pour exprimer de « sérieuses » préoccupations sur plusieurs accords récents portant sur les minerais critiques, dont celui conclu avec la République démocratique du Congo.
La correspondance est adressée au représentant américain au commerce (USTR), l’ambassadeur Jamieson Greer, ainsi qu’au secrétaire d’État Marco Rubio, au secrétaire au Commerce Howard Lutnick et au secrétaire au Trésor Scott Bessent.
Ce que reprochent les élus
Les parlementaires affirment soutenir les efforts destinés à sécuriser les chaînes d’approvisionnement américaines en minerais critiques, mais estiment que plusieurs accords récents posent problème. Selon eux, ces accords soulèvent « de sérieuses préoccupations concernant la transparence, le travail et les droits humains, les protections environnementales et un contrôle insuffisant du Congrès ».
Ils mettent en garde contre une exploitation minière mal encadrée, rappelant que « l’exploitation minière et le traitement des minerais mal réglementés ont un bilan bien documenté de dommages environnementaux, de déplacements de populations et d’atteintes aux communautés autochtones, ainsi que de violations généralisées du travail et des droits humains ». Pour les signataires, tout accord sur les minerais critiques doit « directement s’attaquer à ces préjudices » et éviter de renforcer des modèles extractifs privilégiant les profits au détriment des communautés et des travailleurs.
La mention d’une révision constitutionnelle en RDC
Concernant spécifiquement la RDC, les 54 élus disent avoir été « alarmés » d’apprendre que l’administration Trump a signé un Strategic Partnership Agreement (SPA) avec Kinshasa, un accord qui, selon leur lecture, « prévoit des changements profonds de la Constitution de la RDC et accorde aux entreprises américaines… » — la citation s’interrompant là dans le passage rendu public. La lettre évoque ensuite des dispositions relatives aux concessions minières congolaises, jugées particulièrement sensibles dans le contexte actuel du pays.
Cette caractérisation est celle des parlementaires : le texte de la SPA publié par le Département d’État ne fait pas explicitement état d’une révision constitutionnelle, et la portée du document reste contestée. Des juristes congolais ont d’ailleurs saisi la Cour constitutionnelle, et des organisations de la société civile réclament un examen de l’accord par le Parlement, qui n’a pas été consulté avant sa signature.
Un contrôle du Congrès jugé contourné
Les élus estiment que toute négociation sur les minerais doit respecter les prérogatives du Congrès et permettre une large participation du public, « ainsi qu’un examen et une approbation du Congrès, comme l’exige l’article 1, section 8 de la Constitution » américaine. Ils reprochent à l’administration d’avoir multiplié les accords « sans consultation significative du Congrès ni des communautés qui seraient les plus affectées ».
La lettre revient aussi sur des informations de presse citées par les signataires eux-mêmes : le rôle éventuel de fonds américains dans le financement d’une force chargée de garder des sites miniers en RDC, et une possible levée des sanctions Magnitsky visant l’homme d’affaires Dan Gertler pour faciliter un accord sur le cobalt. Ces éléments sont présentés comme des sujets de préoccupation, non comme des faits établis.
Une démarche qui en rappelle une autre
Les parlementaires rappellent qu’une précédente lettre, signée en août 2025 par plus de cinquante membres de la Chambre et adressée à Marco Rubio au sujet des négociations avec la RDC, était restée sans réponse. Dans leur nouvelle correspondance, ils formulent dix questions à l’administration, portant notamment sur les droits humains, le travail, l’environnement, la transparence, la gouvernance et le contrôle parlementaire.
Cette initiative intervient alors que la RDC, qui détient plus de 70 % des réserves mondiales de cobalt, occupe une place centrale dans l’approvisionnement en minerais critiques. Le SPA, signé fin 2025 dans le cadre plus large du processus de paix parrainé par Washington associant aussi le Rwanda, est présenté par les administrations congolaise et américaine comme un jalon en faveur de la paix et de l’intégration économique. Il fait néanmoins l’objet de critiques persistantes sur ses implications en matière de souveraineté et de droits.Sources : lettre des 54 élus (communiqué officiel du représentant Jared Huffman, huffman.house.gov) ; reprises internationales (IANS, Assam Tribune)
