Ebola : l’OMS redoute que l’épidémie en RDC devienne la plus grave jamais recensée

Avec près de 4 500 cas confirmés et plus de 2 000 décès en moins de trois mois, l’épidémie d’Ebola qui frappe l’est de la République démocratique du Congo progresse plus vite que toutes les précédentes. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) craint désormais qu’elle ne dépasse la catastrophe survenue en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016.
Le directeur général de l’OMS n’a pas caché son inquiétude. Lors d’une conférence de presse tenue mercredi 12 août à Genève, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a décrit une flambée qui garde une longueur d’avance sur les équipes de riposte, malgré les moyens déployés depuis trois mois.
« La course contre le virus a commencé avec plusieurs longueurs de retard et l’épidémie a pris une avance considérable. Elle est toujours loin devant nous et nous essayons de la rattraper », a reconnu le patron de l’agence sanitaire des Nations unies.
Une trajectoire plus rapide que toutes les épidémies précédentes
Déclarée officiellement le 15 mai, l’épidémie s’est propagée en quelques semaines à cinq provinces et touche aujourd’hui 53 zones de santé. Elle est provoquée par la souche Bundibugyo, particulièrement virulente.
Le rythme actuel place déjà cette flambée au deuxième rang des plus meurtrières de l’histoire, derrière celle qui avait frappé la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone entre 2014 et 2016 (plus de 28 000 cas et 11 000 morts). À l’époque, il avait fallu près de cinq mois pour franchir le seuil des 1 000 décès ; en RDC, celui des 2 000 morts a été atteint en trois mois. Si cette progression se maintient, a averti le Dr Tedros, l’épidémie congolaise est « en passe » de devenir la plus importante jamais enregistrée.
Un retard initial qui pèse encore
Les investigations menées par les autorités sanitaires et leurs partenaires estiment que le virus a circulé plusieurs semaines avant la reconnaissance officielle de l’épidémie. Ce délai lui a permis de s’installer dans plusieurs communautés et de multiplier les chaînes de transmission avant le déploiement complet de la riposte.
L’un des principaux obstacles demeure l’existence de cas invisibles pour le système de surveillance. « Cela indique qu’il existe des chaînes de transmission dont nous ignorons l’existence », a souligné le Dr Tedros. Des personnes contaminées peuvent mourir sans avoir été diagnostiquées, ce qui complique la recherche des contacts.
L’Ituri au cœur de la contamination
La province de l’Ituri concentre l’essentiel des cas et des décès rapportés. La ville de Bunia en constitue l’épicentre, avec plusieurs centaines de cas confirmés et de nombreux décès. Les équipes y poursuivent la surveillance, la recherche des contacts et la prise en charge des malades, tandis qu’un centre de traitement fonctionne notamment à Nizi.
Une note plus encourageante vient du Sud-Kivu, où plusieurs semaines se sont écoulées sans nouveau cas confirmé.
La bataille se joue dans les communautés
Pour l’OMS, l’issue de la riposte ne dépendra pas seulement des centres de traitement. Les risques de contamination sont les plus élevés aux stades avancés de la maladie, lorsque les patients sont soignés par leurs proches, et lors des funérailles.
Le suivi des personnes ayant été en contact avec un malade atteint aujourd’hui environ 80 %, alors que l’organisation vise 95 % pour espérer interrompre la transmission. Plus de 21 000 agents de santé communautaires ont déjà été formés, et les autorités entendent tripler les capacités de traitement.
Vaccin et financement, deux inconnues
Aucun vaccin homologué n’existe à ce jour contre la souche Bundibugyo. Les données de deux candidats, développés par Oxford avec le Serum Institute of India et par Moderna, sont attendues en septembre. « Nous ne savons pas si ce vaccin est efficace contre la maladie à virus Bundibugyo chez l’être humain », a toutefois tempéré le Dr Tedros. Un essai thérapeutique parrainé par l’OMS a par ailleurs inclus une centaine de patients.
Reste la question des moyens. Sur les 518 millions de dollars nécessaires au plan continental de préparation et de réponse, seuls 264 millions ont été mobilisés. La dix-septième épidémie d’Ebola recensée en RDC depuis 1976 met ainsi à l’épreuve, en même temps, la rapidité de la détection et la solidité des financements internationaux.
Sources : OMS
