Kiev dément les accusations russes de soutien au M23 et accuse Moscou de vouloir saboter la médiation américaine

Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a fermement rejeté, samedi 11 juillet 2026, les allégations du chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov selon lesquelles Kyiv soutiendrait la rébellion de l’AFC/M23 en RDC. L’Ukraine accuse Moscou de désinformation et d’ingérence visant à fragiliser les efforts de paix dans la région des Grands Lacs.
La réaction de Kiev n’a pas tardé. Dans un message publié sur X et relayé par son ambassade en RDC, le porte‑parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Heorhii Tykhyi, a qualifié d’« information erronée » les propos tenus par Sergueï Lavrov lors de sa visite à Bujumbura. Lavrov avait affirmé que l’Ukraine figurait parmi les soutiens extérieurs de la rébellion de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC)/M23, active dans les provinces du Nord‑Kivu et du Sud‑Kivu.
« Ces allégations relèvent de la désinformation du Kremlin et sont dénuées de tout fondement », a déclaré M. Tykhyi, assurant que Kyiv n’apporte aucun soutien à la rébellion. Le porte‑parole a par ailleurs indiqué que l’Ukraine ne cherche pas à s’immiscer dans les conflits africains, renvoyant la responsabilité d’ingérence à la Russie.
Selon Kiev, Moscou mène une politique active d’ingérence sur le continent : « La Russie arme des groupes en violation des sanctions, alimente l’instabilité et recrute des ressortissants africains pour combattre dans sa guerre contre l’Ukraine », a ajouté Heorhii Tykhyi, dénonçant ce qu’il présente comme une stratégie russe consistant à accuser les autres des pratiques qu’elle applique elle‑même.
Pour l’Ukraine, ces accusations s’inscrivent dans une manœuvre politique plus large visant à détourner l’attention des actions de Moscou et à fragiliser les initiatives diplomatiques, en particulier la médiation américaine dans la région des Grands Lacs. « L’objectif de la Russie est clair : saper les efforts de médiation américains et détourner l’attention de ses propres actions destructrices », a souligné le porte‑parole.
Cette tension diplomatique survient alors que la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC se détériore malgré l’Accord de Washington et plusieurs réunions d’évaluation. Les divergences entre Kinshasa et Kigali sur l’interprétation des dispositions de l’accord compliquent sa mise en œuvre, un an après sa signature au niveau ministériel.
Le processus de Doha, supervisé par le Qatar, et la phase de Montreux, en Suisse, n’ont pas permis de rapprocher suffisamment les positions entre Kinshasa et l’AFC/M23, soutenue par Kigali, et les engagements pris lors de ces rencontres ont été difficilement respectés. Parallèlement, la détérioration de la situation au Moyen‑Orient a contribué à reléguer ce dossier au second plan, ralentissant les efforts de médiation.
Face à l’impasse, des appels se multiplient aux niveaux national, régional et international pour que toutes les parties respectent les engagements pris dans le cadre des initiatives de paix. Mais, pour l’instant, ces appels peinent à produire des effets tangibles : chaque camp continue d’interpréter les accords selon sa propre lecture, laissant la mise en œuvre incertaine et la population civile toujours exposée aux violences.
